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Conseil Supérieur National des Personnes Handicapés

2011-08-26

Jusqu'où oseront-ils aller ?

Suite aux déclarations non-fondées de Monsieur De Gucht concernant le nombre de personnes handicapées reconnues en Belgique, une partie du monde politique belge avance allègrement sur la voie de la surenchère.

Ce mercredi, c'est la N-VA qui a grossi le trait en déclarant qu'il y a « 50% de personnes handicapées en plus en Wallonie qu'en Flandre » ! Une déclaration soutenue par des chiffres extraits des données publiées, chaque année, par le SPF Sécurité sociale...

Le Conseil Supérieur National des Personnes Handicapées (CSNPH) ne peut admettre que l'on jette ainsi la suspicion sur les personnes handicapées. Les personnes handicapées qui perçoivent des allocations y ont droit, après une analyse objective de leur dossier réalisée par les agents du Service Public Fédéral sur base de la loi.

Par ailleurs, il convient ici de rappeler que les montants qui sont alloués aux personnes handicapées reconnues sont loin d'être élevés. Souvent, ils ne suffisent pas à couvrir l'ensemble des frais auxquels elles doivent faire face.

 

Chiffres incomplets, raccourcis, manipulation...

Les chiffres présentés sur le site de la N-VA sont justes, mais incomplets ! La loi a, en effet, créé trois types d'allocations : l'allocation de remplacement de revenu (ARR), l'allocation d'intégration (AI) et l'allocation pour personnes âgées (APA).

Or, le tableau présenté sur le site de la N-VA ne tient compte que des deux premières. Il escamote une partie de la réalité... De plus, il fait montre d'une méconnaissance de la législation : les ARR et AI octroyées avant 65 ans peuvent continuer à être payées après cet âge : limiter la comparaison à la tranche d'âge 18-65 ans donne donc une image fausse de la réalité.

Si l'on tient compte de l'ensemble des allocations, les personnes handicapées wallonnes qui vivent de leur allocation de handicap représentent 34,53% du nombre total d'« ayants droit », alors que la population wallonne représente 32,27% de la population totale de la Belgique.

Dans le même temps, les personnes handicapées qui vivent d'allocations en Flandre représente 58,09% du nombre total d' « ayants droit » alors que la population flamande représente 57,68% de la population totale de la Belgique.

Et, la différence vient de Bruxelles : là, la proportion d'« ayants droit » par rapport à la population totale est moindre : 7,38% contre 10,05%.

Au bout du compte, on est très loin des 50% annoncés. Comme trop souvent, les données chiffrées ont été sélectionnées pour, soi-disant, démontrer une thèse. Mais quand on se limite à une partie des données, la démonstration ne vaut rien : la photographie est tronquée, manipulée.

 

De la nécessité d'une approche scientifique

Au-delà des chiffres et des pourcentages, il y a les causes. Celles-ci sont évidemment socio-économiques. Pour Bruxelles, il y a, notamment, le fait qu'un nombre important de personnes comptabilisées dans les chiffres de population ne remplissent pas les conditions pour pouvoir obtenir une allocation de handicap. Mais ce n'est qu'un des éléments explicatifs.

C'est de l'ensemble des éléments qu'il faut tenir compte pour préparer une refonte du système belge des allocations. Cela doit se faire sur base d'un travail scientifique de qualité. C'est la mission qui a été confiée à « Handilab », une recherche de la Politique scientifique fédérale .

 

Pour une réforme du système

Le CSNPH demande depuis longtemps une refonte du système des allocations: au fil du temps, suite à des corrections par petites touches successives, le système est devenu trop complexe, peu compréhensible, même pour les spécialistes.

Les sorties indécentes de cette semaine en sont la preuve : la complexité du système est la porte ouverte aux amalgames et aux manipulations en tous genres. Il est temps de remettre en chantier ce dossier, malheureusement abandonné, du fait d'une crise gouvernementale qui n'a que trop duré.

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